Hygiène intime féminine : les bons gestes et les erreurs qui provoquent les infections
Pertes inhabituelles, démangeaisons, odeur, brûlures en urinant… Beaucoup de femmes vivent ces gênes en silence, par gêne ou par manque d'information. Et souvent, ce sont justement des gestes d'hygiène mal adaptés, faits avec les meilleures intentions, qui provoquent ou entretiennent les infections. Voici, sans tabou et avec des mots simples, les bons gestes à adopter, les erreurs à éviter, et les signes qui doivent faire consulter.
Comprendre comment fonctionne le vagin
Le vagin est un organe qui se nettoie tout seul. Il produit des pertes blanches ou transparentes qui évacuent les cellules mortes et les microbes. C'est normal et sain.
Il est protégé par une flore : de bonnes bactéries (les lactobacilles) qui fabriquent de l'acide et maintiennent un milieu légèrement acide (pH autour de 4). Ce milieu acide empêche les mauvais microbes et les champignons de se multiplier.
Tout ce qui détruit cette flore ou change ce pH ouvre la porte aux infections.
Les pertes normales
- blanches, crème ou transparentes ;
- odeur légère, pas désagréable ;
- quantité qui varie selon le cycle (plus abondantes et filantes au moment de l'ovulation), la grossesse, la pilule ;
- pas de démangeaisons ni de brûlures.
Les bons gestes au quotidien
- Une toilette par jour suffit (deux s'il fait très chaud ou après le sport), et uniquement à l'extérieur (vulve).
- Avec de l'eau claire ou un soin lavant doux, sans parfum, au pH adapté, ou un savon surgras doux.
- Avec la main plutôt qu'un gant (qui garde les microbes s'il reste humide).
- Toujours de l'avant vers l'arrière, pour ne pas ramener les bactéries de l'anus vers le vagin et l'urètre.
- Bien sécher en tapotant avec une serviette propre et personnelle.
- Sous-vêtements en coton, changés chaque jour, lavés à 60 °C si possible ou séchés au soleil.
- Éviter les pantalons trop serrés et les tissus synthétiques sous la chaleur.
- Retirer rapidement un maillot de bain mouillé ou des vêtements de sport trempés de sueur.
- Uriner après les rapports sexuels pour limiter les infections urinaires.
Les erreurs qui provoquent les infections
1. Les douches vaginales et le lavage « à l'intérieur »
C'est l'erreur la plus fréquente et la plus nocive. Introduire de l'eau, du savon ou un produit dans le vagin emporte la bonne flore. Résultat : plus de vaginoses, plus de mycoses, plus d'infections remontant vers l'utérus et les trompes, avec un risque pour la fertilité et la grossesse.
2. Les produits « traditionnels » ou « resserrants »
Citron, vinaigre, eau de javel diluée, permanganate, alun, bicarbonate, décoctions de plantes, poudres, « bâtons » ou pierres pour « assécher » ou « resserrer » le vagin : ils brûlent les muqueuses, détruisent la flore, provoquent des plaies et augmentent le risque d'infections, y compris du VIH. Le vagin n'a pas besoin d'être « sec » ou « resserré » : l'humidité est normale.
3. Les savons parfumés, gels douche et antiseptiques
Les savons de toilette classiques, les gels douche parfumés et les antiseptiques (type Dettol, Bétadine) utilisés tous les jours sont trop agressifs pour la vulve.
4. Les parfums, déodorants et lingettes parfumées
Ils irritent et peuvent provoquer des allergies. Une odeur forte est un signe à faire examiner, pas à masquer.
5. Les protège-slips tous les jours
Ils empêchent la peau de respirer et gardent l'humidité, surtout sous la chaleur. À réserver aux fins de règles ou aux pertes plus abondantes, et à changer souvent.
6. Garder trop longtemps les protections pendant les règles
- Serviettes : changer toutes les 4 à 6 heures.
- Tampons : maximum 4 à 8 heures selon la notice, jamais la nuit entière au-delà de la durée indiquée, à cause du risque rare mais grave de choc toxique.
- Coupe menstruelle : vider et rincer selon la notice, stériliser entre les cycles.
- Serviettes lavables : bien les laver et les sécher complètement, de préférence au soleil.
7. L'automedication avec des « ovules » ou antibiotiques au hasard
Prendre des antibiotiques ou des ovules sans diagnostic peut aggraver le déséquilibre de la flore, et une IST non traitée correctement peut avoir des conséquences graves.
Les infections les plus fréquentes
La mycose vaginale (candidose)
- pertes blanches épaisses, comme du lait caillé ;
- démangeaisons intenses, brûlures, vulve rouge et gonflée ;
- peu ou pas d'odeur.
Favorisée par les antibiotiques, la grossesse, le diabète, la chaleur, les vêtements serrés. Un traitement antifongique local (ovule, crème) ou oral est efficace. Si les mycoses reviennent souvent, il faut faire vérifier la glycémie.
La vaginose bactérienne
- pertes grises ou blanches, fluides ;
- odeur de poisson, plus forte après les rapports ou pendant les règles ;
- peu de démangeaisons.
C'est un déséquilibre de la flore, très favorisé par les douches vaginales. Elle se traite avec un médicament prescrit (souvent le métronidazole). Pendant la grossesse, elle doit être traitée car elle augmente le risque d'accouchement prématuré.
Les infections sexuellement transmissibles (IST)
Trichomonase (pertes jaunâtres ou verdâtres, mousseuses, odeur), chlamydia, gonorrhée (souvent sans symptômes ou avec pertes, saignements, douleurs au bas-ventre). Elles nécessitent un diagnostic, un traitement adapté et le traitement du partenaire. Non soignées, elles peuvent causer une stérilité.
L'infection urinaire
Brûlures en urinant, envies fréquentes, urines troubles. Voir notre article dédié.
Quand consulter ?
- pertes qui changent de couleur (jaunes, vertes, grises), d'odeur ou d'aspect ;
- démangeaisons ou brûlures qui durent plus de quelques jours ;
- douleurs au bas-ventre, douleurs pendant les rapports ;
- saignements en dehors des règles ou après les rapports ;
- fièvre avec douleurs au ventre : rapidement ;
- plaies, boutons ou ulcérations sur la vulve ;
- pendant la grossesse, tout symptôme inhabituel ;
- mycoses qui reviennent plus de 4 fois par an.
Un examen simple et parfois un prélèvement permettent de savoir exactement de quoi il s'agit et de prendre le bon traitement.
À retenir
- Le vagin se nettoie seul : on lave uniquement l'extérieur, une fois par jour, avec de l'eau ou un soin doux.
- Pas de douches vaginales, ni de produits « resserrants », citron, javel ou plantes à l'intérieur.
- Coton, séchage soigneux, protections changées régulièrement.
- Pertes inhabituelles, odeur ou démangeaisons persistantes : consultez plutôt que de vous soigner au hasard.
Lire aussi : Infection urinaire : 8 gestes · Mycoses qui reviennent · Métronidazole · Transpiration et odeurs
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Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un médecin, d'une sage-femme ou d'un gynécologue.




