Œdème de Quincke : reconnaître ce gonflement brutal et savoir quand c'est une urgence
Après un plat de crevettes, une piqûre d'abeille ou un comprimé d'antibiotique, les lèvres gonflent brutalement, les paupières se ferment, la voix change, la respiration devient difficile. C'est un œdème de Quincke, ou angioœdème. Il peut rester sans gravité, mais quand il touche la gorge ou s'accompagne d'un malaise, il peut mettre la vie en danger en quelques minutes. Voici comment le reconnaître et quoi faire.
Qu'est-ce que l'œdème de Quincke ?
C'est un gonflement brutal des couches profondes de la peau et des muqueuses, dû à une fuite de liquide hors des petits vaisseaux. Il touche surtout :
- les lèvres, les paupières, le visage ;
- la langue, la gorge et le larynx (c'est là qu'il est dangereux) ;
- les mains, les pieds, les organes génitaux ;
- parfois l'intestin (douleurs au ventre, vomissements).
Le gonflement est souvent pâle ou couleur de peau, ferme, et donne une sensation de tension ou de brûlure plutôt que de démangeaison. Il peut s'accompagner d'une urticaire (plaques en relief qui grattent).
Les deux grandes familles
1. L'œdème allergique (histaminique)
Le plus fréquent. Il est dû à la libération d'histamine lors d'une réaction allergique. Il apparaît en quelques minutes à quelques heures après le contact, souvent avec de l'urticaire.
Causes fréquentes :
- aliments : arachides, fruits de mer et crustacés, poissons, œufs, lait, noix, sésame, certains fruits ;
- médicaments : pénicillines, autres antibiotiques, aspirine et anti-inflammatoires (ibuprofène, diclofénac), certains anesthésiques, produits de contraste ;
- piqûres d'abeilles, de guêpes, de fourmis ;
- latex, certains cosmétiques ou teintures.
Quand la réaction touche plusieurs organes (peau, respiration, tension, ventre), on parle d'anaphylaxie, et dans sa forme la plus grave de choc anaphylactique.
2. L'œdème « bradykinique »
Plus rare, il est dû à une autre substance, la bradykinine. Il n'y a pas d'urticaire, le gonflement s'installe plus lentement et dure plus longtemps (2 à 5 jours), et il répond mal aux antihistaminiques et à la cortisone. Causes :
- médicaments de la tension en « -pril » (IEC : énalapril, ramipril, lisinopril, captopril…), plus rarement les sartans. Il peut survenir après des mois ou des années de traitement, et il est plus fréquent chez les personnes d'origine africaine ;
- l'angioœdème héréditaire, une maladie génétique rare (crises répétées depuis l'enfance, souvent dans la famille, douleurs abdominales).
Quand est-ce une urgence ?
Appelez les secours ou allez aux urgences immédiatement en cas de :
- gonflement de la langue ou de la gorge, difficulté à avaler ou à parler, voix rauque ou étouffée ;
- difficulté à respirer, sifflements, toux, sensation d'étouffer ;
- malaise, vertiges, pâleur, sueurs, perte de connaissance (chute de tension) ;
- douleurs au ventre intenses, vomissements, après une piqûre ou un aliment allergisant ;
- gonflement qui progresse rapidement.
Que faire en attendant les secours
- Arrêter le contact avec la cause probable (ne plus manger l'aliment, ne plus prendre le médicament, retirer le dard d'abeille en grattant).
- Si la personne a un stylo d'adrénaline (auto-injecteur), l'utiliser immédiatement dans la face externe de la cuisse, à travers les vêtements si besoin. C'est le traitement qui sauve dans l'anaphylaxie. Une deuxième injection peut être faite après 5 à 15 minutes si les signes persistent.
- Position : allongée jambes surélevées en cas de malaise ; assise si elle a du mal à respirer ; sur le côté si elle vomit ou est inconsciente. Ne pas la mettre debout brutalement.
- Ne rien donner à boire ou à manger si elle a du mal à avaler.
- Si elle est asthmatique et a sa pompe, elle peut l'utiliser en plus, mais elle ne remplace pas l'adrénaline.
- Les antihistaminiques et la cortisone sont utiles en complément, mais trop lents pour sauver dans un choc.
À l'hôpital
Adrénaline, oxygène, perfusions, antihistaminiques, corticoïdes, et surveillance pendant plusieurs heures (une deuxième réaction peut survenir). Pour l'œdème lié aux IEC ou héréditaire, des traitements spécifiques existent (icatibant, concentré de C1-inhibiteur), et l'adrénaline peut être utilisée en cas d'atteinte de la gorge.
Les formes légères
Un gonflement léger des lèvres ou des paupières, sans gêne pour respirer ou avaler, sans malaise, avec de l'urticaire, peut être soulagé par un antihistaminique et se surveille de près. Consultez dans la journée pour en chercher la cause. Au moindre signe d'aggravation : urgences.
Après un œdème de Quincke
- Consultez un médecin ou un allergologue pour identifier la cause (questions, tests cutanés, prises de sang).
- Si une allergie est confirmée : éviter strictement l'aliment ou le médicament, lire les étiquettes, prévenir l'école, la famille, les restaurants.
- Le médecin peut prescrire un stylo d'adrénaline à porter toujours sur soi, avec un plan d'action écrit, et apprendre à l'entourage à l'utiliser.
- Si l'œdème est lié à un IEC (« -pril ») : ce médicament et tous ceux de sa famille sont définitivement interdits. Le médecin choisira un autre traitement de la tension.
- Évitez l'aspirine et les anti-inflammatoires si vous avez fait une réaction avec eux.
- Portez une carte ou un bracelet mentionnant votre allergie, et signalez-la à chaque soignant.
À retenir
- L'œdème de Quincke est un gonflement brutal du visage, des lèvres, de la langue ou de la gorge.
- Difficulté à respirer ou à avaler, voix changée, malaise : urgence absolue ; l'adrénaline est le traitement qui sauve.
- Il est souvent allergique (aliments, médicaments, piqûres), mais peut aussi être dû aux médicaments de la tension en « -pril », surtout chez les personnes d'origine africaine.
- Après une crise : rechercher la cause, éviter le déclencheur, et porter un stylo d'adrénaline si prescrit.
Lire aussi : IEC et angioœdème · Antihistaminiques · Allergie à l'amoxicilline · L'adrénaline
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Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un médecin. En cas de difficulté à respirer ou à avaler, appelez immédiatement les secours.












