Adrénaline, noradrénaline et médicaments : comment le système « de l'alerte » fait battre le cœur et respirer
Un chien surgit au coin de la rue : en une fraction de seconde, votre cœur s'emballe, vous respirez plus vite, vos muscles se tendent, vos pupilles se dilatent, vos mains deviennent moites. C'est l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline, les messagers du système « de l'alerte ». Comprendre ce système permet de comprendre beaucoup de médicaments courants : la pompe contre l'asthme, l'adrénaline contre l'allergie grave, les bêtabloquants contre la tension, les gouttes pour le nez…
Le système nerveux autonome : le pilote automatique
Une partie de notre système nerveux fonctionne sans que nous y pensions : c'est le système nerveux autonome. Il règle le cœur, la respiration, la digestion, la tension, la transpiration. Il a deux branches qui fonctionnent comme un accélérateur et un frein :
- le système sympathique : l'accélérateur, le système de « l'alerte », du « combat ou de la fuite ». Ses messagers sont la noradrénaline (libérée par les nerfs) et l'adrénaline (libérée dans le sang par les glandes surrénales) ;
- le système parasympathique : le frein, le système du « repos et de la digestion ». Son messager principal est l'acétylcholine.
Ce que fait le système sympathique
Quand il s'active (danger, effort, stress, peur, douleur, perte de sang), il prépare le corps à agir :
- cœur : il bat plus vite et plus fort ;
- vaisseaux : ceux de la peau et de l'intestin se resserrent (on pâlit), ceux des muscles s'ouvrent ; la tension monte ;
- bronches : elles s'ouvrent pour faire entrer plus d'air ;
- yeux : les pupilles se dilatent ;
- foie : il libère du sucre dans le sang pour donner de l'énergie ;
- digestion : elle ralentit ;
- peau : on transpire.
Les récepteurs : alpha et bêta
L'adrénaline et la noradrénaline agissent en se fixant sur des « serrures » à la surface des cellules, appelées récepteurs adrénergiques. Il en existe plusieurs types, et c'est leur répartition qui explique l'action des médicaments :
- Alpha-1 : surtout dans les vaisseaux. Ils les resserrent (vasoconstriction), ce qui fait monter la tension. On en trouve aussi dans la prostate et la vessie.
- Alpha-2 : dans le cerveau, ils freinent le système sympathique.
- Bêta-1 : surtout dans le cœur. Ils l'accélèrent et renforcent ses contractions.
- Bêta-2 : surtout dans les bronches (ils les ouvrent), l'utérus (ils le relâchent), certains vaisseaux et le foie.
Les médicaments qui imitent le système sympathique
L'adrénaline (épinéphrine)
Elle agit sur tous les récepteurs alpha et bêta. C'est le médicament qui sauve dans le choc anaphylactique (allergie grave) : elle resserre les vaisseaux et fait remonter la tension, ouvre les bronches, dégonfle la gorge. Elle s'injecte dans le muscle de la cuisse, parfois avec un stylo auto-injecteur que les personnes allergiques portent sur elles. Elle est aussi utilisée en cas d'arrêt cardiaque. Dans l'anaphylaxie, chaque minute compte : c'est l'adrénaline en premier, pas l'antihistaminique ni la cortisone.
Les bêta-2 agonistes
Le salbutamol (Ventoline), la terbutaline, le formotérol, le salmétérol activent les récepteurs bêta-2 des bronches et les ouvrent : ce sont les médicaments de l'asthme. Comme ils touchent un peu le cœur, ils peuvent donner des palpitations et des tremblements. Ils relâchent aussi l'utérus (ils ont été utilisés contre les contractions prématurées).
Les vasoconstricteurs
- Noradrénaline, dopamine : en perfusion à l'hôpital, pour faire remonter la tension dans les chocs graves.
- Gouttes et sprays décongestionnants pour le nez (oxymétazoline, xylométazoline, néphazoline) et comprimés contre le rhume (pseudoéphédrine, phényléphrine) : ils resserrent les vaisseaux du nez et le débouchent. Mais ils peuvent faire monter la tension, provoquer des palpitations, et dans de rares cas des AVC ou des infarctus (surtout la pseudoéphédrine). Les sprays utilisés plus de 5 à 7 jours provoquent un nez bouché « de rebond ». À éviter chez les hypertendus, les personnes cardiaques et les jeunes enfants.
Les stimulants
La caféine, les boissons énergisantes, l'éphédrine, les amphétamines, la cocaïne et certaines plantes stimulent aussi ce système (cœur rapide, tension, nervosité). Certains « coupe-faim » ou « brûleurs de graisse » vendus sans contrôle en contiennent, avec des risques cardiaques.
Les médicaments qui bloquent le système sympathique
Les bêtabloquants
Ils bloquent les récepteurs bêta, surtout bêta-1 du cœur : aténolol, bisoprolol, métoprolol, propranolol, carvédilol, labétalol… (souvent en « -olol »). Ils ralentissent le cœur et diminuent sa force.
- Usages : hypertension, angine de poitrine, après un infarctus, insuffisance cardiaque (certains), troubles du rythme, prévention de la migraine, tremblements, trac, hyperthyroïdie (pour calmer les palpitations), glaucome (en gouttes).
- Précautions : ils peuvent resserrer les bronches (danger chez les asthmatiques, surtout avec les bêtabloquants non sélectifs comme le propranolol) ; ils masquent les signes d'hypoglycémie chez les diabétiques (palpitations, tremblements) ; ils provoquent fatigue, mains froides, parfois troubles de l'érection.
- Ne jamais les arrêter brutalement : risque d'emballement du cœur, d'angine de poitrine ou d'infarctus.
Les alpha-bloquants
Ils bloquent les récepteurs alpha-1 : tamsulosine, alfuzosine, doxazosine, prazosine. Ils relâchent les vaisseaux (baisse de la tension) et la prostate (ils facilitent l'écoulement de l'urine chez les hommes avec une grosse prostate). Effet indésirable principal : vertiges en se levant (hypotension orthostatique), surtout après la première prise.
Les médicaments qui agissent dans le cerveau
La méthyldopa et la clonidine stimulent les récepteurs alpha-2 du cerveau et diminuent l'activité du système sympathique. La méthyldopa est très utilisée contre l'hypertension pendant la grossesse.
Pourquoi c'est utile à savoir
- Un asthmatique qui prend un bêtabloquant (même en gouttes pour les yeux) peut faire une crise.
- Un hypertendu qui prend des comprimés contre le rhume ou des boissons énergisantes peut voir sa tension s'envoler.
- Un diabétique sous bêtabloquant doit surveiller d'autres signes d'hypoglycémie (sueurs, faim, confusion).
- Une personne sous bêtabloquant qui fait une allergie grave peut moins bien répondre à l'adrénaline : les soignants doivent le savoir.
À retenir
- L'adrénaline et la noradrénaline activent le système de l'alerte : cœur rapide, tension, bronches ouvertes, sucre libéré.
- Les récepteurs alpha resserrent les vaisseaux, les bêta-1 accélèrent le cœur, les bêta-2 ouvrent les bronches.
- L'adrénaline sauve dans l'allergie grave ; le salbutamol ouvre les bronches ; les bêtabloquants ralentissent le cœur.
- Attention aux décongestionnants chez les hypertendus, et ne jamais arrêter brutalement un bêtabloquant.
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Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien. Mubina Essence ne vend pas de médicaments.












