Hépatite B : une infection silencieuse très répandue en Afrique, dépistage, vaccin et traitement
On peut la porter pendant 20 ou 30 ans sans le savoir. Pas de fièvre, pas de douleur, pas de fatigue particulière… et pourtant, le foie s'abîme en silence. L'hépatite B est l'une des infections les plus répandues en Afrique subsaharienne, et l'une des grandes causes de cirrhose et de cancer du foie chez les adultes jeunes. La bonne nouvelle : elle se dépiste facilement, elle se prévient par un vaccin très efficace, et elle se surveille et se traite. Voici ce que chaque famille devrait savoir.
L'hépatite B, c'est quoi ?
« Hépatite » veut dire inflammation du foie. L'hépatite B est causée par un virus (le VHB) qui s'installe dans les cellules du foie.
Le foie est un organe essentiel : il filtre le sang, élimine les déchets et les médicaments, stocke l'énergie, fabrique de nombreuses protéines. Il est aussi très « patient » : il peut être très abîmé avant de donner le moindre signe.
Infection aiguë et infection chronique
- Infection aiguë : les premiers mois après la contamination. Chez l'adulte, le corps élimine le virus dans la grande majorité des cas.
- Infection chronique : le virus reste plus de 6 mois. C'est le cas pour environ 9 bébés sur 10 infectés à la naissance, et pour une partie importante des enfants infectés avant 5 ans. C'est pour cela que la transmission à la naissance et dans la petite enfance est si importante en Afrique.
Comment le virus se transmet
Le virus de l'hépatite B se trouve dans le sang et, en moindre quantité, dans les sécrétions sexuelles. Il est beaucoup plus contagieux que le VIH et peut survivre plusieurs jours hors du corps sur un objet.
- De la mère à l'enfant, au moment de l'accouchement : c'est la voie la plus fréquente en Afrique.
- Entre enfants d'une même famille ou d'une même école, par de petites plaies, des égratignures, des boutons.
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Par le sang :
- rasoirs, lames, brosses à dents, coupe-ongles, pinces à épiler partagés ;
- scarifications, tatouages, piercings, circoncisions traditionnelles avec du matériel non stérile ;
- injections avec des seringues réutilisées, soins chez des « piqueurs » de quartier ;
- tondeuses de coiffeur mal désinfectées ;
- transfusions de sang non contrôlé.
- Par les rapports sexuels non protégés.
Ce qui ne transmet pas l'hépatite B
Partager un repas ou un verre, se serrer la main, s'embrasser sur la joue, tousser, éternuer, allaiter (si le bébé a été vacciné à la naissance), utiliser les mêmes toilettes. Une personne porteuse peut vivre normalement en famille, travailler, aller à l'école, se marier et avoir des enfants. Elle ne doit pas être rejetée.
Les symptômes
Le plus souvent : aucun. Quand il y en a :
- fatigue, perte d'appétit, nausées ;
- douleur sous les côtes à droite ;
- jaunisse (ictère) : blanc des yeux et peau jaunes, urines foncées couleur coca, selles claires ;
- fièvre légère, douleurs articulaires.
Au stade avancé (cirrhose) : ventre qui gonfle d'eau (ascite), jambes gonflées, saignements, vomissements de sang, confusion. À ce stade, les dégâts sont souvent importants. D'où l'intérêt de se faire dépister avant.
Se faire dépister : simple et essentiel
Le dépistage se fait par une simple prise de sang, ou même un test rapide au bout du doigt dans certains centres. On recherche l'antigène HBs (AgHBs) :
- AgHBs négatif : vous n'êtes pas porteur. Si vous n'êtes pas vacciné, faites-vous vacciner.
- AgHBs positif : vous portez le virus. Ce n'est pas une condamnation : il faut un bilan complémentaire et un suivi.
D'autres marqueurs (anticorps anti-HBs, anti-HBc) permettent de savoir si vous êtes protégé par un vaccin ou par une ancienne infection guérie.
Qui doit se faire dépister ?
- Toutes les femmes enceintes, à chaque grossesse.
- Les membres de la famille et les partenaires d'une personne porteuse.
- Toute personne née dans un pays où l'hépatite B est fréquente et jamais testée.
- Les personnes vivant avec le VIH.
- Les personnes ayant des transaminases élevées sur une prise de sang.
- Les soignants, les coiffeurs, les personnes tatouées ou scarifiées.
- Avant de commencer certains traitements (chimiothérapie, corticoïdes au long cours).
Le vaccin : la meilleure arme
Le vaccin contre l'hépatite B existe depuis les années 1980. Il est sûr, efficace à plus de 90 %, et c'est le premier vaccin « contre un cancer », puisqu'il prévient le cancer du foie.
- Chez le nourrisson : il fait partie du programme de vaccination (souvent dans le vaccin « pentavalent » ou « hexavalent »). L'idéal est une première dose dans les 24 heures après la naissance, pour bloquer la transmission par la mère.
- Chez l'enfant, l'adolescent et l'adulte non vaccinés et non infectés : 3 doses sur 6 mois en général.
- Gardez votre carnet de vaccination : il fait foi.
Pendant la grossesse
Si la future maman est porteuse du virus :
- Le bébé doit recevoir le vaccin dans les 24 premières heures, et si possible des immunoglobulines (anticorps) en même temps.
- Si la charge virale de la maman est élevée, un traitement antiviral au troisième trimestre réduit encore le risque.
- L'allaitement reste possible.
Avec ces mesures, on peut protéger la grande majorité des bébés.
Si vous êtes porteur : vivre avec l'hépatite B
Le suivi
Toutes les personnes porteuses n'ont pas besoin d'un traitement. Mais toutes ont besoin d'un suivi régulier, en général tous les 6 à 12 mois :
- prises de sang : transaminases (ALAT), charge virale (ADN du VHB), parfois alpha-fœtoprotéine ;
- échographie du foie ;
- mesure de la rigidité du foie (Fibroscan) quand c'est disponible.
Le traitement
Quand le foie s'abîme ou que le virus est très actif, le médecin prescrit un antiviral (le plus souvent le ténofovir, parfois l'entécavir). Il ne guérit pas toujours définitivement, mais il contrôle le virus et protège le foie de la cirrhose et du cancer. Il se prend tous les jours, souvent longtemps, et ne doit jamais être arrêté brutalement sans avis médical. Dans plusieurs pays, des programmes rendent ce traitement plus accessible.
Protéger son foie
- Pas d'alcool, ou le moins possible.
- Pas de médicaments, décoctions ou plantes « pour le foie » sans avis médical : certaines sont toxiques.
- Attention au paracétamol à fortes doses.
- Garder un poids sain (le foie gras aggrave les choses).
- Se faire vacciner contre l'hépatite A si possible.
Protéger les autres
- Faire dépister et vacciner son partenaire et sa famille.
- Ne pas partager rasoirs, brosses à dents, coupe-ongles.
- Couvrir les plaies.
- Utiliser le préservatif tant que le partenaire n'est pas vacciné et protégé.
- Informer le dentiste et les soignants.
Les idées fausses
- « Si je n'ai pas de jaunisse, mon foie va bien. » Faux : l'infection chronique est le plus souvent silencieuse.
- « Les tisanes et les remèdes traditionnels guérissent l'hépatite. » Aucun n'a prouvé son efficacité, et certains abîment le foie.
- « On l'attrape en mangeant avec quelqu'un. » Faux.
- « Le vaccin est dangereux. » Faux : il est donné à des milliards de bébés dans le monde depuis plus de 30 ans.
À retenir
- L'hépatite B est fréquente, souvent silencieuse, et peut mener à la cirrhose et au cancer du foie.
- Elle se transmet surtout de la mère à l'enfant, par le sang et par voie sexuelle.
- Faites-vous dépister (AgHBs), surtout pendant la grossesse, et faites dépister votre famille.
- Le vaccin, dès la naissance, est la meilleure protection. Les porteurs doivent être suivis et parfois traités.
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Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un médecin. Parlez du dépistage à votre médecin ou dans un centre de santé.












