Le sucre dans le corps : comment l'insuline fonctionne, et comment naît le diabète
Des articles pour tous, utilisables en classe, au lycée et à l'université.
Monsieur Ekané, 47 ans, chauffeur à Douala, se lève trois fois par nuit pour uriner. Il a toujours soif, boit des litres d'eau et de jus, et pourtant il maigrit sans raison. Une petite plaie au pied ne guérit pas depuis un mois. Il pense à la fatigue, à la chaleur… jusqu'au jour où un infirmier lui pique le bout du doigt : 3,20 g/L de sucre dans le sang. C'est un diabète, probablement présent depuis des années.
Pour comprendre le diabète, il faut suivre le voyage d'une molécule toute simple : le glucose, le sucre qui sert de carburant à nos cellules. Où va-t-il après un plat de riz ou de couscous de manioc ? Qui lui ouvre la porte des cellules ? Et que se passe-t-il quand cette porte reste fermée ?
📊 En chiffres
- Plus de 500 millions d'adultes vivent avec un diabète dans le monde (Fédération internationale du diabète).
- En Afrique, on estime qu'environ la moitié des adultes diabétiques ne savent pas qu'ils le sont : c'est la proportion la plus élevée au monde.
- Environ 9 diabètes sur 10 sont des diabètes de type 2, très liés au mode de vie.
1. Le glucose, carburant de nos cellules
Chacune de nos cellules (et nous en avons des dizaines de milliers de milliards) a besoin d'énergie pour fonctionner : battre pour le cœur, réfléchir pour le cerveau, se contracter pour les muscles. Leur carburant principal est le glucose.
Il provient surtout des aliments riches en glucides (ou hydrates de carbone) : riz, manioc, plantain, igname, maïs, pain, pâtes, mais aussi sucre, sodas, jus et fruits. Pendant la digestion, ces aliments sont découpés en glucose, qui passe de l'intestin dans le sang. Le taux de glucose dans le sang s'appelle la glycémie.
Notre corps tient à garder cette glycémie dans une zone étroite, ni trop basse (le cerveau manquerait de carburant), ni trop haute (le sucre abîme les vaisseaux). À jeun, chez une personne en bonne santé, elle se situe environ entre 0,70 et 1,00 g/L (3,9 à 5,5 mmol/L).
2. Le pancréas et l'insuline : la clé des cellules
Le chef d'orchestre de la glycémie est un organe discret, caché derrière l'estomac : le pancréas. Dans ce pancréas se trouvent de petits amas de cellules, les îlots de Langerhans, qui fabriquent deux hormones aux effets opposés :
- l'insuline (fabriquée par les cellules bêta) fait baisser la glycémie ;
- le glucagon (fabriqué par les cellules alpha) la fait monter quand on n'a pas mangé depuis longtemps, en demandant au foie de libérer ses réserves.
L'insuline fonctionne comme une clé. Le glucose ne peut pas entrer seul dans la plupart des cellules : il lui faut une porte ouverte. Quand l'insuline se fixe sur son récepteur (la serrure) à la surface d'une cellule de muscle ou de graisse, des « portes à glucose » s'ouvrent, et le sucre peut entrer. Le surplus est stocké dans le foie et les muscles (sous forme de glycogène) ou transformé en graisse.
Figure 1 – La clé et la serrure : comment l'insuline fait entrer le glucose
Après un repas, la glycémie monte. Le pancréas le détecte et libère de l'insuline. Les cellules absorbent le glucose, et la glycémie redescend en deux à trois heures. C'est un système de régulation automatique, comme le thermostat d'un climatiseur.
Figure 2 – La glycémie après un repas : avec et sans diabète
3. Quand la clé ou la serrure ne fonctionne plus
Le diabète de type 1 : il n'y a plus de clé
Le système immunitaire, qui devrait protéger le corps, attaque par erreur les cellules bêta du pancréas et les détruit. C'est une maladie auto-immune. Le pancréas ne fabrique presque plus d'insuline. Le glucose reste bloqué dans le sang, et les cellules « meurent de faim » au milieu de l'abondance.
- Il survient souvent chez l'enfant, l'adolescent ou le jeune adulte, parfois brutalement.
- Il n'est pas causé par le fait d'avoir mangé trop de sucre.
- Le traitement est l'insuline, à vie, par injections. Sans elle, la personne ne peut pas survivre.
Le diabète de type 2 : la serrure est « rouillée »
C'est le plus fréquent. Au début, le pancréas fabrique de l'insuline, parfois même beaucoup. Mais les cellules y répondent mal : c'est la résistance à l'insuline, favorisée surtout par l'excès de graisse autour du ventre et le manque d'activité physique. Le pancréas travaille de plus en plus fort pour compenser… puis, au fil des années, il s'épuise.
- Il apparaît le plus souvent après 40 ans, mais touche de plus en plus de jeunes.
- L'hérédité compte beaucoup : avoir un parent diabétique augmente nettement le risque.
- Il s'installe lentement et silencieusement, pendant des années.
Le diabète de la grossesse
Pendant la grossesse, le placenta fabrique des hormones qui rendent le corps plus résistant à l'insuline. Chez certaines femmes, la glycémie monte : c'est le diabète gestationnel. Il disparaît généralement après l'accouchement, mais il doit être surveillé (risque d'un très gros bébé, d'accouchement difficile) et il augmente le risque de diabète de type 2 plus tard pour la mère.
4. Les signes qui doivent alerter
Quand la glycémie dépasse environ 1,80 g/L, les reins ne peuvent plus retenir tout le sucre : il passe dans les urines et entraîne de l'eau avec lui. C'est ce qui explique les premiers signes :
- uriner souvent et beaucoup, y compris la nuit ;
- soif intense, bouche sèche ;
- amaigrissement inexpliqué malgré un bon appétit (le corps brûle ses graisses et ses muscles faute de pouvoir utiliser le glucose) ;
- fatigue, vision floue ;
- infections à répétition : mycoses génitales, infections urinaires, plaies qui guérissent mal.
Chez beaucoup de personnes avec un diabète de type 2, il n'y a aucun signe pendant des années. D'où l'importance du dépistage.

Comment fait-on le diagnostic ?
Selon l'OMS, on parle de diabète si l'on trouve (confirmé par un second examen) :
- une glycémie à jeun égale ou supérieure à 1,26 g/L (7,0 mmol/L) ;
- ou une glycémie à n'importe quel moment de la journée de 2,00 g/L ou plus (11,1 mmol/L) avec des signes de diabète ;
- ou une hémoglobine glyquée (HbA1c) de 6,5 % ou plus. Ce test reflète la glycémie moyenne des 2 à 3 derniers mois : le glucose se colle progressivement à l'hémoglobine des globules rouges, qui vivent environ 120 jours.
Entre 1,10 et 1,25 g/L à jeun, on parle de prédiabète : c'est le moment idéal pour agir, car changer ses habitudes peut encore éviter ou retarder le diabète.
5. Ce que le sucre en excès fait au corps
Imaginez des tuyaux qui baignent jour et nuit dans un sirop. Le glucose en excès se fixe sur les protéines des parois des vaisseaux et les abîme. Les petits vaisseaux sont touchés en premier, puis les gros.
Figure 3 – Les complications du diabète mal équilibré
🚨 Signes d'alerte : consultez sans attendre
Hypoglycémie (sucre trop bas, chez une personne traitée par insuline ou certains comprimés) : tremblements, sueurs froides, faim brutale, palpitations, confusion, comportement bizarre. Geste immédiat : si la personne est consciente et peut avaler, lui donner 3 morceaux de sucre, un verre de jus ou de soda sucré, puis un aliment. Si elle est inconsciente ou ne peut pas avaler : ne rien mettre dans la bouche, la mettre sur le côté et appeler les secours.
Hyperglycémie grave : soif extrême, vomissements, douleurs au ventre, respiration rapide, haleine qui sent la pomme, somnolence. C'est une urgence (acidocétose ou coma hyperosmolaire), surtout chez l'enfant.
Pied diabétique : toute plaie, ampoule ou zone noire sur le pied d'un diabétique doit être montrée à un soignant rapidement.
6. Prévenir et traiter : ce qui marche
Le mode de vie, premier médicament
De grandes études ont montré que chez des personnes à risque, une perte de poids modeste (5 à 7 %) associée à 150 minutes d'activité physique par semaine réduit de plus de la moitié le risque de devenir diabétique. Concrètement :
- Bouger tous les jours : marche rapide, danse, vélo, travaux. Les muscles qui travaillent consomment du glucose, même sans insuline, et deviennent plus sensibles à l'insuline.
- Remplir son assiette autrement : la moitié en légumes, un quart en protéines (poisson, haricots, œufs, viande maigre), un quart en féculents (de préférence complets ou riches en fibres).
- Limiter les boissons sucrées : sodas, jus industriels, et même jus « maison » très sucrés. Un soda de 50 cl peut contenir l'équivalent d'une dizaine de morceaux de sucre.
- Préférer les aliments riches en fibres : légumineuses, légumes, céréales complètes. Les fibres ralentissent le passage du sucre dans le sang.
- Dormir suffisamment et ne pas fumer.
Les médicaments
- La metformine, médicament de premier choix du type 2, aide le foie à produire moins de glucose et rend les cellules plus sensibles à l'insuline.
- D'autres comprimés stimulent le pancréas ou font éliminer du sucre par les urines.
- L'insuline est indispensable dans le type 1, et souvent nécessaire dans le type 2 après des années.
Pour aller plus loin : comment agit la metformine, les différents types d'insuline, bien s'injecter l'insuline.
🔍 Idées reçues : vrai ou faux ?
- « Le diabète vient du sucre qu'on mange. » Pas tout à fait. Le type 1 n'a rien à voir avec l'alimentation. Le type 2 est favorisé par le surpoids, la sédentarité et l'hérédité ; les boissons sucrées y contribuent, mais ne sont pas la seule cause.
- « Un diabétique ne doit plus jamais manger de sucre ni de féculents. » Faux. Il doit les manger en quantité raisonnable, répartis sur la journée, en privilégiant les fibres.
- « Le diabète se guérit avec des tisanes ou des plantes miracles. » Faux. Aucune plante ne remplace le traitement. Certaines peuvent même provoquer des hypoglycémies dangereuses en association avec les médicaments.
- « L'insuline rend aveugle ou fait couper la jambe. » Faux. Ce sont les années de sucre mal contrôlé qui abîment les yeux et les pieds, pas l'insuline, qui protège au contraire.
- « Le diabète, c'est contagieux. » Faux.
🎓 Pour la classe
Activité : lire l'étiquette de trois boissons (soda, jus, eau). Repérer la ligne « dont sucres » pour 100 ml, multiplier par le volume de la bouteille, puis diviser par 5 (un morceau de sucre pèse environ 5 g). Combien de morceaux de sucre dans chaque bouteille ? Discussion : notion de régulation (boucle glycémie, pancréas, insuline), comparaison avec un thermostat.
📌 À retenir
- Le glucose est le carburant des cellules ; l'insuline, fabriquée par le pancréas, est la clé qui le fait entrer dans les cellules.
- Dans le type 1, il n'y a plus d'insuline ; dans le type 2, les cellules y résistent et le pancréas s'épuise.
- Uriner beaucoup, avoir soif, maigrir sans raison, avoir des infections répétées : faites mesurer votre glycémie.
- Le diagnostic : glycémie à jeun ≥ 1,26 g/L ou HbA1c ≥ 6,5 %, confirmées.
- Bouger, manger plus de fibres et moins de boissons sucrées, et suivre son traitement protègent les yeux, les reins, le cœur et les pieds.
🧠 Petit quiz : avez-vous bien compris ?
Touchez une question pour voir la réponse. Partagez-le avec vos amis, vos élèves ou vos enfants !
1. Quel organe fabrique l'insuline ?
Le pancréas, grâce aux cellules bêta des îlots de Langerhans.
2. Quelle est la différence entre le diabète de type 1 et de type 2 ?
Dans le type 1, le pancréas ne fabrique presque plus d'insuline (les cellules bêta sont détruites). Dans le type 2, l'insuline est présente mais les cellules y répondent mal (résistance à l'insuline), puis le pancréas s'épuise.
3. Pourquoi un diabétique non traité urine-t-il beaucoup ?
Quand la glycémie est trop haute, le glucose passe dans les urines et entraîne de l'eau avec lui.
4. Que mesure l'hémoglobine glyquée (HbA1c) ?
La glycémie moyenne des 2 à 3 derniers mois, car le glucose se fixe progressivement sur l'hémoglobine des globules rouges, qui vivent environ 120 jours.
5. Que faire face à une personne diabétique qui tremble, transpire et devient confuse, mais peut encore avaler ?
C'est probablement une hypoglycémie : lui donner du sucre rapide (3 morceaux de sucre, un verre de jus ou de soda sucré), puis un aliment, et prévenir un soignant.
Lire aussi : Diabète de type 2 : les signes qu'on ignore · Fatigue permanente : le bilan à demander · Le cœur et la tension
Sources
- Organisation mondiale de la Santé (OMS), Diabète (aide-mémoire) et critères diagnostiques du diabète (2006, 2011 pour l'HbA1c).
- Fédération internationale du diabète (FID), IDF Diabetes Atlas, éditions 2021 et 2025.
- Diabetes Prevention Program Research Group, « Reduction in the incidence of type 2 diabetes with lifestyle intervention or metformin », New England Journal of Medicine, 2002 ; 346 : 393-403.
- American Diabetes Association, Standards of Care in Diabetes, 2025.
- Guyton A. C., Hall J. E., Traité de physiologie médicale, chapitre sur l'insuline et le glucagon.
Cet article est informatif et éducatif. Il ne remplace pas l'avis d'un médecin, d'un pharmacien ou d'un professionnel de santé. Reproduction autorisée en classe, avec mention de la source : Le Journal Mubina Essence.












