Médecin mesurant la tension d'un patient

Médicaments de la tension en « -pril » : comment agissent les IEC, et pourquoi ils font parfois tousser

Ramipril, énalapril, captopril, lisinopril, périndopril… Ces médicaments qui finissent tous par « -pril » font partie des traitements les plus prescrits contre l'hypertension, l'insuffisance cardiaque et pour protéger les reins des diabétiques. Ce sont les IEC (inhibiteurs de l'enzyme de conversion). Ils sont efficaces et protègent le cœur et les reins, mais ils ont un effet indésirable très typique : une toux sèche. Voici comment ils agissent.

Le système rénine-angiotensine : un régulateur de la tension

Le corps possède un système hormonal qui sert à maintenir la tension, surtout quand elle baisse (déshydratation, hémorragie) :

  1. Quand les reins détectent une baisse de pression, ils libèrent une enzyme, la rénine.
  2. La rénine transforme une protéine du sang en angiotensine I (inactive).
  3. Une deuxième enzyme, l'enzyme de conversion (ECA), présente surtout dans les poumons, transforme l'angiotensine I en angiotensine II.
  4. L'angiotensine II est très puissante : elle resserre les vaisseaux (la tension monte), fait retenir le sel et l'eau par les reins (grâce à une autre hormone, l'aldostérone), stimule la soif, et à long terme favorise l'épaississement et la rigidité du cœur et des vaisseaux.

Chez beaucoup de personnes hypertendues, et surtout en cas d'insuffisance cardiaque ou de diabète, ce système est trop actif et abîme le cœur, les vaisseaux et les reins.

Comment agissent les IEC ?

Les IEC bloquent l'enzyme de conversion. Moins d'angiotensine II est fabriquée. Résultat :

  • les vaisseaux se relâchent et la tension baisse ;
  • le corps retient moins de sel et d'eau ;
  • le cœur travaille moins et s'abîme moins (d'où leur intérêt dans l'insuffisance cardiaque et après un infarctus) ;
  • la pression dans les petits filtres des reins diminue, ce qui réduit les fuites de protéines dans les urines et ralentit l'atteinte des reins, notamment chez les diabétiques.

Pourquoi ils font parfois tousser

L'enzyme de conversion a un deuxième travail : elle détruit une substance appelée bradykinine. En bloquant l'enzyme, les IEC laissent la bradykinine (et d'autres substances) s'accumuler, notamment dans les voies respiratoires. Elle irrite les nerfs de la gorge et des bronches : c'est la toux des IEC.

  • C'est une toux sèche, qui chatouille la gorge, souvent pire la nuit et en position couchée.
  • Elle touche environ 5 à 20 % des personnes, plus souvent les femmes, les non-fumeurs, et les personnes d'origine africaine ou asiatique.
  • Elle peut apparaître quelques jours, mais aussi plusieurs mois après le début.
  • Elle ne répond pas aux sirops et ne signifie pas une maladie des poumons.
  • Elle disparaît en général 1 à 4 semaines après l'arrêt de l'IEC (parfois un peu plus).

Si la toux est gênante, le médecin remplace en général l'IEC par un sartan (losartan, valsartan, irbésartan, candesartan, telmisartan, souvent en « -sartan »), qui bloque directement l'action de l'angiotensine II sans toucher à la bradykinine, et provoque donc beaucoup moins de toux. N'arrêtez pas seul votre traitement.

L'angio-œdème : rare mais grave

L'accumulation de bradykinine peut aussi provoquer, rarement, un angio-œdème : gonflement brutal des lèvres, de la langue, du visage, de la gorge, parfois des intestins (douleurs au ventre). Il est plus fréquent chez les personnes d'origine africaine (environ 3 à 5 fois plus). Il peut survenir après des années de traitement. Un gonflement de la langue ou de la gorge, une difficulté à respirer ou à avaler sont une urgence absolue. Après un angio-œdème, il ne faut plus jamais reprendre d'IEC. Cet œdème ne répond pas bien aux antihistaminiques et corticoïdes.

Les autres effets indésirables et précautions

  • Potassium élevé (hyperkaliémie), surtout avec une maladie des reins, des suppléments de potassium, des diurétiques épargneurs de potassium (spironolactone), ou des anti-inflammatoires. Des prises de sang régulières sont nécessaires.
  • Atteinte des reins au début du traitement chez certaines personnes (sténose des artères rénales), ou en cas de déshydratation : contrôle de la créatinine 1 à 2 semaines après le début.
  • Tension trop basse et vertiges, surtout à la première prise, chez les personnes âgées ou sous diurétiques.
  • Grossesse : contre-indiqués, surtout aux 2e et 3e trimestres (atteinte grave des reins du bébé, malformations). Une femme sous IEC qui souhaite être enceinte ou le devient doit consulter rapidement pour changer de traitement.
  • Jours de maladie (diarrhée, vomissements, forte fièvre) : risque pour les reins ; demandez à votre médecin s'il faut suspendre temporairement.
  • Association dangereuse : IEC + diurétique + anti-inflammatoire (ibuprofène, diclofénac) = risque important d'insuffisance rénale aiguë.

IEC et personnes d'origine africaine

Chez beaucoup de personnes d'origine africaine, l'hypertension est souvent « à rénine basse » et sensible au sel : les IEC utilisés seuls font en moyenne un peu moins baisser la tension que l'amlodipine ou un diurétique. Ils restent très utiles en association, et indispensables en cas de diabète avec atteinte des reins, d'insuffisance cardiaque ou après un infarctus, où ils protègent les organes au-delà de la baisse de tension.

Comment les prendre

  • Une à deux fois par jour selon le médicament, à heure fixe.
  • Le captopril se prend plutôt à jeun ; les autres avec ou sans repas.
  • Tous les jours, même si la tension est bonne.
  • Avec moins de sel et une activité physique régulière.
  • Pas de sels de régime au potassium sans avis médical.

À retenir

  • Les IEC (« -pril ») bloquent la fabrication de l'angiotensine II : les vaisseaux se relâchent et le cœur et les reins sont protégés.
  • La toux sèche est fréquente : un sartan peut les remplacer.
  • Gonflement de la langue, des lèvres ou de la gorge : urgence, et plus jamais d'IEC.
  • Contre-indiqués pendant la grossesse ; surveillez potassium et reins, et évitez les anti-inflammatoires.

Lire aussi : Hypertension · Amlodipine · Hydrochlorothiazide · Angio-œdème et œdème de Quincke

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Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien. N'arrêtez jamais un traitement sans avis médical. Mubina Essence ne vend pas de médicaments.

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Comprimés sortant d'un flacon
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