Tas de comprimés sur une table

Médicaments vendus au bord de la route : 7 raisons de ne plus prendre le risque

Sur un plateau posé sur la tête, sur une table au marché, dans une petite boutique de quartier ou au bord de la route : des plaquettes de comprimés de toutes les couleurs, vendues à l'unité, bon marché, sans ordonnance. Dans de nombreux pays africains, ces « pharmacies par terre » sont partout, et beaucoup de familles y achètent leurs médicaments par habitude ou par manque de moyens. Pourtant, le risque est réel. Voici 7 raisons de ne plus le prendre, et des solutions pour se soigner autrement sans se ruiner.

1. Beaucoup sont des faux

L'OMS estime qu'environ 1 médicament sur 10 dans les pays à revenus faibles et moyens est falsifié ou de qualité inférieure, et la proportion est souvent beaucoup plus élevée dans les circuits informels. Les études menées en Afrique de l'Ouest et du Centre ont trouvé des produits :

  • sans aucun principe actif (farine, amidon, craie) ;
  • avec trop peu de principe actif ;
  • avec un autre principe actif que celui indiqué (par exemple un antidouleur à la place d'un antipaludique) ;
  • contenant des substances toxiques (des sirops contaminés au diéthylène glycol ont tué des dizaines d'enfants en Gambie en 2022, puis ailleurs).

Les plus contrefaits : antipaludiques, antibiotiques, antidouleurs, et les médicaments « de la force » ou de l'érection.

2. Même les vrais médicaments sont abîmés

Un médicament authentique peut perdre son efficacité, ou devenir toxique, s'il est mal conservé :

  • exposé toute la journée au soleil et à la chaleur (souvent plus de 40 °C sur un étal) ;
  • à l'humidité et à la poussière ;
  • découpé de sa plaquette, sorti de sa boîte, mélangé à d'autres ;
  • périmé, ou avec une date effacée ou réécrite.

Certains antibiotiques comme les tétracyclines périmées peuvent même devenir toxiques pour les reins.

3. Pas de notice, pas de dose adaptée

Vendus à l'unité, sans boîte ni notice, les comprimés sont souvent pris :

  • à la mauvaise dose (« prends deux », « prends-en un le matin ») ;
  • pendant une durée insuffisante (on achète 2 ou 3 comprimés d'antibiotique au lieu du traitement complet) ;
  • sans connaître les contre-indications (grossesse, enfant, maladie du foie ou des reins) ni les interactions.

Le vendeur, aussi bien intentionné soit-il, n'est en général pas formé à la pharmacie.

4. Les « cocktails » dangereux

Pour « soigner tout à la fois », on vend souvent des mélanges : un antibiotique, un antipaludique, un anti-inflammatoire, un corticoïde, une « vitamine ». Ces associations multiplient les effets indésirables (estomac, reins, foie), les interactions, et masquent les symptômes d'une maladie grave. Les corticoïdes (dexaméthasone) donnés pour « se sentir mieux » peuvent aggraver une infection.

5. Les résistances aux antibiotiques et aux antipaludiques

Un antibiotique ou un antipaludique pris à dose trop faible, ou pendant trop peu de temps, ne tue pas tous les microbes : les plus résistants survivent et se multiplient. C'est ainsi que se fabriquent les résistances, qui rendent les infections de plus en plus difficiles à soigner pour tout le monde. L'Afrique subsaharienne est l'une des régions les plus touchées par les décès liés aux infections résistantes.

6. Le retard au bon diagnostic

En achetant un médicament « pour le palu » ou « pour la typhoïde » sans consulter, on risque de passer à côté de la vraie maladie : paludisme grave, méningite, pneumonie, tuberculose, diabète, hypertension, VIH, grossesse extra-utérine… Chaque jour perdu peut compter, surtout chez l'enfant.

7. Aucun recours en cas de problème

En cas d'allergie, d'effet indésirable grave ou d'intoxication, on ne sait souvent ni ce qu'on a pris, ni d'où vient le produit, ni à qui s'adresser. Les médecins ne peuvent pas identifier la cause, et aucune alerte sanitaire ne peut être lancée.

Comment se soigner autrement, sans se ruiner

  • Les centres de santé publics et communautaires : consultations souvent peu chères, et beaucoup de traitements sont gratuits ou subventionnés : antipaludiques et tests pour les enfants et les femmes enceintes dans de nombreux pays, traitements de la tuberculose et du VIH, vaccins, SRO et zinc, vermifuges, vitamine A, contraception.
  • Les génériques en pharmacie : un générique contient le même principe actif que le médicament de marque et coûte souvent beaucoup moins cher. Demandez au pharmacien la version la moins chère.
  • Les pharmacies peuvent conseiller gratuitement pour les petits maux et dire quand il faut consulter.
  • Les mutuelles de santé et assurances maladie (CMU dans plusieurs pays) : renseignez-vous sur celles de votre région.
  • Les agents de santé communautaires, formés pour tester et traiter le paludisme, la diarrhée et la pneumonie chez l'enfant dans de nombreux villages.
  • La prévention : moustiquaire, vaccins, eau potable, lavage des mains, alimentation, coûtent beaucoup moins cher que les maladies.

Reconnaître un médicament suspect

  • emballage abîmé, mal imprimé, fautes d'orthographe, langue inhabituelle ;
  • absence de numéro de lot ou de date de péremption, ou date modifiée ;
  • comprimés de couleur, taille ou goût différents de d'habitude, cassés, humides, à l'odeur inhabituelle ;
  • prix anormalement bas ;
  • vente en vrac, à l'unité, sans boîte ni notice.

En cas de doute, montrez le produit à un pharmacien, et signalez-le aux autorités de réglementation pharmaceutique de votre pays.

À retenir

  • Les médicaments de la rue sont souvent faux, abîmés par la chaleur, mal dosés ou vendus sans notice.
  • Ils favorisent les résistances, les intoxications et les retards de diagnostic.
  • Centres de santé, programmes gratuits, génériques en pharmacie et mutuelles permettent de se soigner à moindre coût.
  • En cas de doute sur un produit, montrez-le à un pharmacien.

Lire aussi : Médicaments contrefaits : ce que disent les études · Antibiotiques · Paludisme · Sirops contaminés

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Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien. Mubina Essence ne vend pas de médicaments.

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